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Les appréciations

Marina Thibeault et Marie-Ève Scarfone

Marina Thibeault et Marie-Ève Scarfone : ELLES

C'est le titre du concert présenté par Diffusions Amal'Gamme, le samedi, 13 avril 2019, à la salle de spectacle Saint-François Xavier de Prévost. Ces deux musiciennes rendent hommage aux plus grands chefs d'œuvre écrits par des femmes aux siècles derniers. Marina Thibeault, alto, est lauréate de plusieurs distinctions, dont le prix Révélation Radio-Canada classique 2016-2017, premier prix dans la catégorie de cordes du Prix d'Europe 2015, le Concours de concerto de McGill 2015, pour ne nommer que ceux-là. Son premier album Toquade a été nommé Album classique de l'année au gala de l'ADISQ 2017, puis aux Prix Opus 2018 disque de l'année, musique moderne, contemporaine. Elle s'est produite comme soliste à l'international avec l'Orchestre Philharmonique de la République tchèque du Nord, l'Orchestre de chambre de Santiago, entre autres. Chambriste passionnée, Marina a collaboré avec les membres du Quatuor Guarneri et Marie-Nicole Lemieux, le Cleveland Quartet, le London Haydn Quartet. Marie-Ève Scarfone, piano, diplômée de la Manhattan School of Music et de l'Université de Montréal, a une brillante carrière au Canada et à l'étranger. Récitaliste et chambriste, elle a été l'invitée de plusieurs festivals, dont Centro Historico (Mexico), Printemps musical de  Silly (Belgique), Flâneries musicales de Reims (France)  et tant d'autres. Récemment nommée chef de chant principal à l'Atelier lyrique de l'Opéra de Montréal, elle assume la direction musicale de plusieurs productions d'opéra. Elle est aussi chef de chant à l'Université McGill et répétitrice à l'Opéra de Montréal et à l'OSM. Elle est également pianiste officielle au concours musical international de Montréal et au concours OSM Manuvie.

Cette présentation (bien que sommaire) campe le haut niveau des musiciennes que nous entendrons. Nous sommes en présence de deux virtuoses extraordinaires, ici chez nous.

Deux minutes avant le début du concert, une panne générale d'électricité nous plonge dans l'obscurité. Personne ne parle plus, on ignore ce qui arrive. La désolation nous effleure quand tout d'un coup apparaissent sur la scène nos deux protagonistes. Le sourire aux lèvres, elles installent des lampes d'appoint à leur lutrin. Marina nous dit que c'est son anniversaire de naissance et qu'elle a trente ans. Elle se demande qui a bien pu lui jouer un tour? Le courant sera rétabli à la toute fin du concert. Cependant, la lumière inspirée de cette fabuleuse musique éclairera notre soirée même dans le noir.

L'ordre du programme est un peu chamboulé par des besoins logistiques. Ces deux musiciennes se comporteront comme si de rien n'était. Aplomb, assurance, virtuosité. Un mélange de niveau hautement supérieur.

Elles nous présentent un répertoire richissime d'œuvres écrites par des femmes. Elles ont fait la recherche et elles nous livrent leurs découvertes avec enthousiasme. Une virée classique partant du dix-neuvième au vingt et unième siècle. On retrouve la douce séduction de Clara Schumann, trois romances op.22. Fanny Hensel (la sœur de Mendelssohn), qui a brûlé toutes ses publications n'étant pas reconnue. On raconte même que son frère Félix aurait signé les œuvres de sa sœur. Dammrung senkte sich von oben ou le Crépuscule qui tombe d'en haut est une œuvre qui convient à la couleur sombre de l'alto.

Au vingtième siècle, le charme de Nadia Boulanger avec trois pièces pour violoncelle et piano arrangées pour alto et piano, Rebecca Clarke et Lilian  Fuchs, au vingt et unième siècle Anna Pidgorna. Nous entendons deux solos pour alto, La sonate pastorale de Lilian Fuchs, un peu aride et sombre, bien que parsemée de quelques touches folkloriques. The child, Bringer of Light (malgré la panne!) de Anna Pidgorna, œuvre contemporaine intéressante aux textures assez éclatées, cordes grattées et frottées. La richesse de l'interprétation est remarquable. Marina fait ressortir les couleurs chaudes de son alto. Elle, comme les grandes compositrices qu'elle nous fait connaître, apporte une contribution significative dans le répertoire pour alto.

Une insigne complicité personnelle et musicale entre les deux musiciennes se traduit par leurs regards et leurs sourires. Marie-Ève, moins démonstrative, incarne un mélange d'intériorité et d'intensité. Une musicalité ample et magnifique que l'on respire jusqu'au fond de l'âme, l'habite talentueusement.

La noirceur n'a pas tenu le rôle principal de cette soirée. La musique, portée par deux grandes virtuoses comparables à des athlètes olympiques triples médaillées d'or, a captivé toute notre attention et a ravi notre cœur. Bravo, Mesdames! Puisse votre renommée continuer de se répandre  pour la beauté de l'Art et ses bienfaits chez tous les êtres vivants!

Carole Trempe